Y et Z, ces inconnus

Y et Z, ces inconnus

Par Emilie - le jeu 6 Juil 2017

Aux baby boomers, enfants des Trente Glorieuses nés entre 1943 et le début des années 60 a succédé la génération X, celle des décennies 60 et 70. Puis le rythme de « renouvellement » de ces générations s’est accéléré :Aux baby boomers, enfants des Trente Glorieuses nés entre 1943 et le début des années 60 a succédé la génération X, celle des décennies 60 et 70. Puis le rythme de « renouvellement » de ces générations s’est accéléré :

La génération Y, schématiquement celle des natifs des années 1980-1995, a grandi avec l’explosion de la sphère médiatique, et est entrée dans la vie active avec le développement d’Internet : ce sont les digital grown-ups ou digital migrants

Les membres de la génération Z (1995-2010) constituent les vrais digital natives, et n’ont pas connu un monde sans Web ni téléphone mobile.

Ce sont donc deux générations « courtes », nées et éduquées dans un monde changeant. Un contexte qui explique un certain nombre de traits de caractère communs.

Adeptes du multitasking et du blurring

Devenus adultes avec la généralisation du smartphone (ou quasi-nés avec un iPhone dans la main), les Y et les Z ont développé une véritable science du « multitasking ». Rarement concentrés sur une seule tâche, ils les gèrent en parallèle, sautant de l’une à l’autre avec aisance. En passant, sans heurt, des écrans au « monde réel ».

On aurait tôt fait de qualifier cette aptitude de « zapping ». Elle relève pourtant davantage d’un « câblage » en parallèle plutôt qu’en série, facilité par leur hyperconnexion.

Elle se retrouve fatalement dans leur rapport au temps de travail, marqué par un effacement des frontières entre vie professionnelle et vie privée : ils peaufinent une présentation au Starbucks en attendant que leur soirée débute, mais discutent avec leurs amis sur WhatsApp ou Messenger aux heures de bureau. Ils ne partent plus en vacances sans portable, mais en contrepartie trouvent normal d’avoir réservé lesdites vacances depuis leur bureau. Ce phénomène de blurring est choisi plus que subi : 79% des cadres le trouvent positif.

Vitesse et impatience

Corollaire de cette ubiquité, Y et Z ont développé une allergie à la lenteur. Leurs messageries sont instantanées, les gratifications qu’ils recherchent doivent l’être aussi. Désir de vitesse, crainte de l’ennui : ces caractéristiques se traduisent dans leur vision du travail.

D’après une grande enquête du cabinet Universum 2 , la plus grande crainte des « Y » est de stagner professionnellement sans perspective d’évolution : ils sont 53% dans ce cas, 6 point de plus que leurs aînés « X ». Ainsi, dans certaines entreprises icôniques de cette génération, comme Google et Facebook, les taux de turnovers de 30% ne sont pas rares.

Un rapport au travail moins naïf, mais pas moins impliqué

L’idée n’est ni neuve, ni propre aux nouvelles générations : concilier vie personnelle et professionnelle ressort dans toutes les enquêtes comme le critère n°1 d’une vie « réussie ».
La différence ? Les Y et les Z semblent avoir intégré l’idée qu’on ne peut pas tout avoir. En tous cas pas en même temps, comme le démontre une enquête menée par la prestigieuse Harvard Business School auprès de ses alumnis : l’idée de mettre entre parenthèse sa carrière au profit de sa famille progresse nettement, notamment chez les hommes.Est-ce à dire que la « valeur travail » n’a plus court ? Nullement. Près de deux jeunes « Z » sur trois (62%), déclaraient ainsi ne pas penser pouvoir être heureux sans travailler. Simplement, le travail n’est plus aussi central. Et nos jeunes actifs ont du mal à trancher : 50% considèrent que le travail leur permet de s’épanouir, 50% de simplement gagner de l’argent.

Millenials (Y) et Mutants (Z) : du pareil au même ?

A cause de leur arrivée massive (les Y) ou imminente (les Z) sur le marché du travail, on a tendance à confondre ces générations dans un grand tout, plus individualiste, plus rétif à l’autorité, plus demandeur d’explication (la génération « why ? »)… Une analyse plus poussée démontre qu’il existe de vraies divergences entre les Y et les Z.

Deux rapports bien différents au digital

Pas les mêmes réseaux, ni les mêmes usages. Et tout simplement pas la même histoire vécue avec le grand bouleversement digital des deux dernières décennies. L’immense majorité de la génération Y s’est acclimatée au Web, là ou les Z ont toujours baigné dedans. Leur Web est plus visuel, Instagram et Snapchat étant leurs réseaux sociaux de référence. Et Youtube occupant une place centrale dans leur vie : 95% d’entre eux l’utilisent, et 50% ne pourrait pas vivre sans !

Slashers et makers

Les Z ne se distinguent pas uniquement de leurs aînés par leurs comportements online. Ils sont encore plus multi-tâches que leurs aînés, et se définissent volontiers comme des « slashers », combinant plusieurs activités, statuts… en même temps.

Conséquence de cette versatilité et de l’abondance d’outils mis à leur disposition dès leur plus jeune âge, les Z sont également moins consommateurs et plus acteurs que les Y : au même âge, ils sont presque deux fois plus nombreux à avoir travaillé pour développer des aptitudes créatives ou techniques (42% contre 25%).

Lesquelles ?

  • 58% se sont formés à des savoir-faire entrepreneuriaux
  • 51% au design graphique
  • 50% à la production/édition de photos et vidéos et à la création d’applications

En se constituant en autodidacte leur propre bibliothèque de savoirs, les Z témoignent de leur volonté d’être acteurs de leur propre « petite entreprise ». Dans leur schéma, l’école n’est qu’un des multiples canaux d’apprentissage : un MOOC ou un tutoriel sur Youtube font aussi bien l’affaire. D’où la relative décote, à leurs yeux, des autrefois sacro-saints diplômes et CV.

Des mutants pour une époque de mutations

Cet attrait pour l’apprentissage permanent est d’ailleurs plus qu’une vertu : c’est une nécessité, tant les métiers et les business-modèles sont et seront impactés par la transformation digitale. Selon les études, les chiffres divergent, mais les tendances demeurent : entre 9% 7 et 47% 8 des métiers seront menacés par l’automatisation, la transition numérique et l’intelligence artificielle. A l’inverse, 60% des métiers qu’on exercera en 2030 n’existent pas encore aujourd’hui.

Le débat va donc bien au-delà de la question de la bonne intégration des générations Y et Z dans les entreprises. Leur flexibilité et leur tournure d’esprit apprenante constitueront un atout vital pour les entreprises en pleine transformation. Cela tombe bien : ces derniers (en particulier les plus jeunes) sont avides de mouvement et de changement. A la question « combien aimeraient-ils faire de métiers dans ta vie », ils sont 38 % à avoir cité un chiffre supérieur ou égal à 5 10 ! La routine ne fait pas partie de leur vocabulaire…

Une image de l’entreprise à redorer

Reste malgré tout un écueil à surmonter pour leurs futurs employeurs : la défiance de ceux qui ne sont pas encore entrés sur le marché du travail. « Dure » (cité par 170 répondants),« compliquée » (147), « difficile » (142), « impitoyable »(63), « fermée » (60)… Les épithètes qu’accolent les 3200 « Z » interrogés par the Boson Project et BNP Paribas 11 ne sont gère flatteurs.

Comment parvenir à recruter, puis à fidéliser ces talents de demain ? En partie en s’alignant sur leur vision de l’entreprise idéale. Et donc en revoyant son organisation, ses modes de communication et de management. Un chantier d’envergure pour les professionnels des ressources humaines. Avec une vraie lueur d’espoir : les chiffres ci-dessous ont une nette tendance à s’améliorer, à partir du moment où ces jeunes générations entrent dans la vie active…

Une réponse à “Y et Z, ces inconnus”

  1. isaline dit :

    il faut dire que le blurring induit de profondes modifications des conditions de travail et d’organisation dans les entreprises, favorables en terme de souplesse pour les tâches personnelles et l’autonomie, mais comportant des risques pour la santé physique et morale des salariés : http://www.officiel-prevention.com/protections-collectives-organisation-ergonomie/psychologie-du-travail/detail_dossier_CHSCT.php?rub=38&ssrub=163&dossid=541

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